Censored Magazine est un magazine féministe  et artistique, portant la voix d'une génération engagée et créative, sensible et provocante. Chaque numéro décrypte un thème à travers ses représentations dans la culture, la société, l'art et la mode, et démontre que l'intime est toujours politique. 

Pour le numéro consacré au mythe de la virilité, j’ai écrit sur la censure intime des hommes. Je me souviens avoir cherché longuement il y a quelques années des témoignages d’hommes sur l’IVG : un seul avait bien voulu parler. Plus de 200.000 femmes avortent chaque année en France, et pourtant si peu d’hommes semblaient être concernés ou même savoir si leurs potes étaient passés par là.


Les hommes accaparent la parole publique, celle qui donne le pouvoir de décider pour les autres, mais sont souvent incapables de parler de leur vie privée et leurs émotions. Si les femmes sont éduquées d’une certaine façon à la culture de la confidence, parler de ses vérités intérieures fait l’objet de suspicion côté masculin.


Les privilèges se paient par le silence. Comme le dit l'intellectuelle féministe bell hooks, cette dissimulation permanente les coupe de leur identité véritable. Symptôme parmi tant d'autres des stéréotypes patriarcaux oppressants, cette absence de parole entretient le mensonge qui veut que la lutte pour l’égalité ne concerne qu’un seul sexe.

Dans ce numéro consacré au corps des femmes, j'ai écrit l'article "Allumer, choquer, militer : le corps sexy peut-il être une arme du féminisme ?".


Le corps sexy qui n'est pas dévoué à plaire devient insupportable à bien des titres : il symbolise une sexualité épanouie dont l'autre est exclu, la revendication du droit à disposer de son corps, le refus de la violence disciplinaire qui veut punir ces "allumeuses" pour ne pas vouloir éteindre les feux qu'elles provoquent. 


Il est politique mais aussi parfois savamment récupéré par des stars ultra-protégées pour leur seul intérêt. Mais après avoir tant été objet, pourquoi les femmes devraient-elles s'appesantir de dilemmes moraux et se priver d'utiliser pour leur cause le biais qui les a asservies ?

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